
Aujourd'hui, je me laisse porter par d'autres paroles, les mots des autres. Ce sera un poème de Pablo Neruda issu de La Centaine d'amour. Comme le laisse supposer le titre, il s'agit de 100 petits poèmes en espagnol originellement. Mon édition est bilingue, je ne connais pas l'espagnol alors je vous propose aussi la traduction en français, pour ceux qui seraient dans mon cas.
Sonnet 91, issu de la section Nuit.
La edad nos cubre como la llovizna,
interminable y arido es el tiempo,
una pluma de sal toca tu rostro,
una gotera cacomió mi traje :
el tiempo no distingue entre mis manos
o un vuelo de naranjas en las tuyas :
pica con nieve y azadón la vida :
la vida tuya que es la vida mía.
La vida mía que te di se llena
de años, como el volumen de un racimo.
Regresarán las uvas a la tierra.
Y aún allá abajo el tiempo sigue siendo,
esperando, lloviendo sobre el polvo,
ávido de borrar hasta la ausencia.
.
L'âge vient nous couvrir ainsi que fait la bruine,
car le temps est aride, il est interminable,
une plume de sel a touché ton visage,
mon costume est rongé par l'eau d'une gouttière :
il ne distingue pas, le temps, entre mes mains
et l'envol de l'orange entre tes mains gardée,
la temps pique la vie de sa neige et de sa houe :
c'est cette vie de toi qui est aussi la mienne.
Cette vie mienne et que je t'ai donnée s'emplit
d'années, ainsi fait le volume d'une grappe.
Et les raisins s'en retourneront à la terre.
Et là-bas c'est le temps qui continue à être,
il attend, et sa pluie tombe sur la poussière,
il est avide d'effacer jusqu'à l'absence.